Portrait d'un président en 4 dimensions
Les débuts
Chef d'entreprise dans le secteur du décolletage, au cœur de la Vallée de l'Arve – il créa la sienne en 1972 - aujourd'hui retraité, Bernard Mudry s'inscrit pour la 1ère fois au Club Alpin Français en 1976. « Un début tardif ! » aime à faire remarquer, non sans malice, celui qui, par ses fonctions et son action au sein du CAF rattrapera rapidement… le temps perdu. C'est avec un ami du CAF de Cluses qu'il découvre, de fait, les plaisirs de la haute montagne, ayant pratiqué l'escalade à 23 ans et le ski deux ans plus tard. Une fois entré au club, il ne tarde guère à s'impliquer dans son Comité Directeur dont il est devient successivement responsable escalade et alpinisme, puis Président, avant d'accéder au Comité départemental de Haute-Savoie.
Le projet
Irrésistible ascension pour un montagnard désormais chevronné ? Pas tout à fait. Parce qu'il a gardé de sa vie et de son engagement professionnels « le goût du travail bien fait », il refuse les sollicitations trop rapides pour intégrer le Comité Directeur national et préfère d'abord « terminer ce qu'[il a] entrepris au niveau local ». En 1996, il accepte toutefois de se présenter au Comité Directeur national où il sera élu Secrétaire Général en 1997.
En 2001, devant l'Assemblée Générale de Marseille, Bernard Mudry se présente enfin à la tête de sa propre équipe sur la base d'un projet politique qualifié de « volontariste ». « Il était temps de faire évoluer le CAF de manière significative et en premier lieu, l'image même du cafiste, rappelle-t-il aujourd'hui. Je voulais aussi donner toute leur place aux jeunes au sein des clubs et les sensibiliser, à travers la multiactivité, à une vision globale des pratiques de la montagne et du milieu montagnard lui-même. Nous étions aussi dans un contexte très tendu avec la FFME et je souhaitais qu'on sorte de l'affrontement de la meilleure manière possible. Enfin, il était important de développer la fédération, pour elle-même bien sûr et pour ses adhérents, mais également au bénéfice de tous les pratiquants non adhérents ou potentiels et de la montagne en général… ».
Les convictions
Cinq ans après son arrivée à la présidence, l'heure n'est pas encore au bilan – En lui accordant un second mandat en janvier 2005, avec 94% des suffrages, les 400 délégués réunis à Chambéry, pour le moins, n'ont pas semblé déçus ! - mais les convictions sont inchangées : « On ne va pas seulement en montagne pour le sport. On y va aussi avec son esprit, pour chercher de la quiétude, pour approcher la beauté des paysages, d'un sommet…ou d'un geste technique. C'est une démarche globale, quasiment un mode de vie montagnard qui influence notre façon d'être, de nous comporter. C'est un milieu qui nous enseigne la tolérance et le goût de l'effort en nous confrontant aux éléments et à soi-même, qui nous porte aussi à la rencontre des autres… ».
Car si sa passion de l'alpinisme et des grandes courses l'a conduit à travers le monde, en raids à skis et en expédition – en Himalaya, dans les Andes, en Europe Centrale ou plus près de chez lui - c'est d'abord la découverte et la compréhension de l'Autre qu'il a toujours recherché. LA raison principale de son engagement associatif : « J'ai trouvé au CAF des générations de gens humainement très riches qui m'ont beaucoup apporté. Je me suis engagé pour rendre un peu de ce qu'on m'avait donné ». Et même si cet engagement a un coût – « être président exige beaucoup de temps, on va moins, voire très rarement en montagne et c'est terriblement frustrant car la passion des activités nécessite de la partager avec d'autres ! » - Bernard Mudry continue de souhaiter « que tous les gens s'engagent dans des associations, pour que chacun s'enrichisse. D'autant que la montagne, c'est quand même plus passionnant… que la philatélie ! »
L'avenir
Dans un contexte où les pratiques fondamentales de la montagne marquent le pas et où sa fréquentation estivale ne cesse de s'amenuiser, Bernard Mudry et son équipe ont lancé en janvier 2006, avec l'appui des 240 clubs affiliés à la FFCAM, un « Plan stratégique » 2006 - 2008 pour bâtir une fédération « encore plus efficace, plus attractive et plus crédible ». Autour de trois mots d'ordre – « pratiquer », « partager », « protéger » - une douzaine d'actions ont d'ores et déjà été engagées pour relancer l'attractivité des pratiques de montagne et renforcer la visibilité et la pertinence de la FFCAM auprès des acteurs politiques et socio-économiques du milieu montagnard. « Il faut avoir un langage clair. Il faut cesser de faire croire que la fréquentation de la montagne se porte bien et surtout de vouloir la relancer… en la banalisant ! C'est en revenant aux sources mêmes de nos pratiques et de nos passions que nous intéresserons de nouveau nos concitoyens à la montagne ». Manifestement, le président n'a pas dit son dernier mot.