Expés récits

Canyon en Algérie - 2007

TAMERIT LA GRANDE

Ou Les mémoires d'un marcheur à ampoules

2 décembre
Comme à chaque fois, commencer un carnet n’est pas facile. Alors que le voyage débute ! Pour nous, Marseille et la prise des billets : c’est déjà l’aventure. Chaque année, ce sont les kilos de Patrick qui nous stressent. C’est vrai il s’enveloppe, mais c’est plutôt le poids des bagages qui pose problème. Alors laissons le charme du guide qui part pour cette contrée lointaine, et dans l’œil duquel brille cette imperceptible flamme de la conquête des horizons perdus, le rendant rassurant et viril à la fois. Et qui nous fait gagner 3 kg de bagages auprès de l’hôtesse d’embarquement... Départ à 12h10 comme prévu – Arrivée à Djanet 15h20.
Moustafa nous attend avec deux gazelles. Le vrai dépaysement commence par une petite heure de 4x4 et nous voilà au campement. Trois âniers (Baba, Mohamed, et le 3ème), deux cuisiniers (Djamel et Mahani), et notre guide (Souris) nous souhaitent la bienvenue, un thé d’accueil accompagné de petits gâteaux ; des princes des sables. Le top. Ho, pardon !!! J’ai oublié les quinze ânes (tête de mule, poil court, chiche kébabe, porte bagage, sabot alerte et nenrajoute  pastrop) porteront les sacs de l’expédition. La nuit est déjà là ; le ciel couvert nous donne quelques gouttes. Après le repas ,notre hôtel quatre étoiles nous attend pour une douce nuit.

3 décembre
Cette journée exploratoire et transitoire guida nos pas vers Tamerit. Les ânes et les hommes ne marchent pas de la même façon, ni à la même vitesse. Les premiers partis, (nous) ne sont pas les premiers arrivés. Il faut dire que les ânes ne s’arrêtent pas pour regarder le paysage et faire des photos. La terre vue du ciel c’est beau, mais la terre d’Algérie vue de la terre c’est somptueux. Une journée de marche où nous prenons la mesure des éléments qui nous entourent dans le secret, espoir de trouver la « rose des sables » rare (adaptation, y a pas de perle ici). Nos explos d’aujourd’hui offriront peut-être les perspectives de canyon pour la fin de la semaine. De longues discutions avec Souris notre Guide permettent de cibler ce que nous cherchons exactement. Quelques photos restées sur les appareils, nous ont permis de leur montrer les canyons de France.
Arrivée au bivouac vers 16h00, ânes, aniers, thé et gâteaux nous attendent. Le top de l’organisation. Je quitte mes chaussures éclairantes et prends le temps de contempler le site splendide où nous sommes. Ma curiosité et moi découvrons l’envers de décors pas très joli car les rebuts des autres treks sont dispersés dans le sable. Là aussi il y a du boulot pour les éco-citoyens. La nuit arrive vite, la taguéla se prépare sous les braises. Le monde Touareg nous envoûte. Les 7 heures de marche calment tout le groupe. Les ânes dorment sans doute depuis longtemps. Dans les duvets, les intrépides comptent les étoiles filantes.

4 Décembre
Tamerit. Le cœur de notre voyage. Nous sommes tous prêts pour cette grande journée. Frison Roche a décrit cette faille, comme la plus grande et la plus vertigineuse de l’Algérie.
Les sacs canyon sont gonflés par les cordes et le matériel d’équipement. 7H30, c’est le départ de la marche d’approche. Une heure de plaisir brut, peintures rupestres, vallée de grands arbres, nos yeux sont grands ouverts. Le temps est stable, la chaleur n’est pas accablante, des conditions optimales pour notre confort et notre sécurité. Nous cheminons sur des vires encombrées de blocs, quand notre guide Souris, s’arrête. Il n’est jamais allé plus loin. L’entrée est là, devant nous. Un rappel de 15 mètres verrouille l’entrée du canyon. L’eau n’est pas au rendez-vous, mais son passage en est évident. La roche polie, dure, et de couleur différente montre l’empreinte indélébile de son cheminement désertique. Nous posons l’ancrage clé de cette descente. La stratégie mise en place est simple, toute personne qui passe le premier relais est susceptible de passer la nuit dans la faille et assure son autonomie. Après le passage relativement simple du premier relais, une verticale d’environ 200 mètres nous attend. Patrick et Fabien équipent et découpent cette longueur en rappels successifs de 50 mètres, 65 mètres et le dernier tronçon fait 85 mètres.. Notre estimation de la hauteur totale s’avère assez réaliste. Une galta sablonneuse termine ce rappel vertigineux. Un dernier ressaut de 10 mètres sera contourné par la rive droite.
L’heure tourne. Seules deux personnes sont en bas. Le reste du groupe est réparti de la façon suivante: une personne à chaque relais transmet les informations sur la progression vers la tête du canyon et assure la sécurité de ceux qui vont descendre. Nos deux ouvreurs reconnaissent l’aval de la chute, une remontée est possible par une akba. La suite, Souris nous l’avait expliquée. Un cheminement est possible de l’aval du canyon vers le point où nous sommes. L’ultime verrou a été franchi. Toute l’équipe peut donc descendre le canyon, les cordes restées en fixe pour une éventuelle remontée, sont tirées. À 16h00, huit hurluberlus fêtent cette descente, à l’eau micro-purée. La remontée dans les blocs reste fastidieuse : Bastian ouvre certains pas d’escalade pour le reste du groupe. 17h00 : Le Tassili s’offre à nous. Le campement est à moins de 15 minutes ; nous y serons avant la nuit. Près du feu, un thé nous attend ; les visions individuelles de cette ouverture se rassemblent, le  puzzle  se forme, chacun raconte. Nous nous délivrons de notre rêve obsessionnel. La soirée se termine après le repas, par des danses et des chants Touareg. Chacun regagne sont duvet, le ciel se couvre, mais cette nuit, les étoiles sont dans nos têtes.

5 décembre
La nuit fut pluvieuse et les déménagements nocturnes ont fait légion. Au petit déj’ la température n’est pas extrême. Cette matinée couverte nous permet de parcourir les kilomètres qui nous séparent de Séfar sans souffrir de la chaleur. Séfar site de renommée mondiale pour ses peintures rupestres. Quatre heures de marche plus tard le Dieu Séfar est devant nous, les bras écartés, couleur sang. Sa puissance s’impose à nous pauvres mortels du 21ème siècle. Nous tombons à genoux devant son altesse - L’angle de vue pour les photos semble meilleurs à ce niveau. Aucune protection, pas de garde, une simple rangée de pierres posées au sol donne la limite à ne pas franchir. Incroyable, magique. Notre imaginaire nous transporte aux temps de ces peintres créateurs de génie, avec quelle technique et quel model ont ils fait ça ? Des girafes, des buffles, des gazelles ! Ce désert était vivant il y a environ 6000 ans. L’état de conservation est exceptionnel. Un groupe d’hommes progresse discrètement dans le dédale de Séfar. Des clandestins ! Patrick les interpelle. Ils s’approchent timidement. Ils sont sûrement Maliens. La Libye est leur eldorado. Nous leur donnons quelques barres de céréales et nous nous séparons à jamais. Temporairement la recherche de canyon m’a semblé bien futile. Souris nous presse le pas, le retour est long, il faut arriver avant la nuit. L’exploration d’une petite gorge se fera un autre jour.
PS : Rien n’est hasard dans le désert. Nous n’avons pas visité Séfar par manque de canyon, mais après quatre jours sans boire un âne ne va pas bien loin. Le seul compromis entre point d’eau et activité c’était Séfar. Les ânes ont dicté leur impératif (vital).

6 décembre
Levés de bonne heure comme d’hab. L’exploration de Tamerit est terminée : nous retournons sur nos pas afin d’ouvrir les canyons et la petite faille entrevus le premier jour. Nous trouvons l’entrée de Ve-n-Arabi. L’équipement est hors d’eau, donc simple, et tout le monde passe les quatre ressauts de respectivement 30, 22, 20 et 15 mètres. Nous venons de sortir de cette jolie faille quand la bonne surprise se produit. Les cuisiniers prévenus par Souris (nous ne sommes pas dans Ratatouille) ont préparé une jolie nappe et le repas est servi (salade verte, sardines, légumes  crus) Garçon ! That’is the best of the Algerian organisation.
Pour l’après midi nous formons deux groupes. Lorraine, Bastian, Patrick et Amani Ben Moktar (l’aide cuisinier) ouvrirons un petit canyon sympa repéré le premier jour. Trois ressauts et une vasque piège. Le reste de la file (d’eau) suivra le repérage de Pascal et Fabien. L’Akba n’est pas facile, l’accès au canyon est à mon avis assez engagé. Des blocs menacent de tomber, la confiance dans le groupe est là. Le résultat est impressionnant : une faille de 150 mètres de haut mais à peine un mètre de large ! Nous ne sommes pas entrés à la tête du canyon mais par une échappatoire. On ne peut apercevoir le fond de ce couloir car le soleil n’est plus dans son axe. La sombritude est à son paroxysme quand Fabien dit « le planteur fou », passe le message à Pascal, qui le passe à Dom, qui le passe à Co qui enfin déclare à Patrick : on est au fond et l’on voit la sortie. Toute l’équipe s’active avec son savoir faire en 20 minutes tout le monde est au fond. Le soleil se couche et Dom plante le dernier spit. Un petit rappel, une photo et au lit. Presque ! La marche frontalesque de nuit dans les blocs n’est pas rapide, mais les lueurs du feu de camp nous guident ; De toute façon, c’était tout droit !
Ce moment fort de la semaine se partagera autour du feu où nous échangerons nos impressions avec l’autre groupe. La Taguéla réchauffe nos corps refroidis par le vent car le bivouac est exposé dans ce couloir. La nuit dans cette gorge étoilée fut interrompue par le passage de nomades et de leurs ânes…

7 décembre
6h30 le soleil se lève. Nous aussi ! La motivation est là. Une autre journée d’ouverture s’annonce (car il faut le dire, nous sommes pour l’ouverture). Une Akba nous avait échappés, elle sera notre victime d’aujourd’hui. Après une heure de marche l’oued des mouflons est à notre portée. Fabien et Pascal, violent le passage craignos et accèdent à l’oued. Une faille du même acabit que celle de la veille nous attend. Mais le matériel d’équipement et le reste du groupe ne sont pas là. Alors demi-tour. Nous avons rendez-vous sur le lieu de notre premier bivouac avec Mokthar cette après midi. Notre groupe redescend, nous croisons d’autres groupes de touristes qui montent. Ho des Japonaises de Tokyo : ce soir elles ne dormiront pas à l’Hôtel ! Arrivés au campement, la discussion tourne court, nous n’avons pas les autorisations pour rester une journée de plus dans le parc national. Un dernier repas avec toute l’équipe, guide, âniers, cuisiniers et nous voilà dans les gazelles gasoil direction l’oued Amaïs. Nous coupons la piste sans passer par Djanet ; en une heure trente nous sommes à l’entrée d’Amaïs. Un autre couloir nous attend pour passer une nuit froide mais étoilée en compagnie de notre nouveau guide Jean-Maurice (Mohamed).

8 décembre
Notre explo nous mène au cirque de l’oued Adjani. Ce point d’eau est incontournable pour les animaux et les braconniers. Les squelettes d’ânes et de chameaux étayent nos soupçons.
Ce cirque gigantesque protége aussi des habitations troglodytes. Mais ne tardons pas, le timing est serré et la descente de l’oued nous attend. Maintenant la chaleur se fait sentir, l’eau n’est pas au rendez-vous. Cet oued sculpté ressemble à El-Resourd dans le Tassili du Hoggard. Cela fait quatre ans qu’il ne pleut pas ici. Les possibilités de canyon s’effacent. Nous arrivons à la fin d’Amaïs ; cet oued reste large et sans cascade. Nous avons vu ce que nous voulions voir. De retour vers 13h00 Djamel notre cuisinier a mis la table et le repas crudités, maïs, pain, vache qui pleure, calme nos appétits. Comme promis Patrick G (G comme : gentil guide des montagnes), cette soirée sera inoubliable, car le coucher du soleil sur les grandes dunes : c’est beau ! Nous rejoignons en 4x4 l’erg au sud ouest de Djanet ; le bivouac est top ! Les dunes de sable fin sont le terrain de jeu des grands enfants que nous sommes restés. Le soleil se couche nous sublimant de son rayon vert, avant de disparaître. De retour au bivouac, animation des G O pour la soirée : thé, gâteaux, temps libre pour la douche et la toilette. Notre dernier repas touareg sera constitué d’une soupe, légumes, pâtes et viande bouillie. Le dessert dans le désert : des dates. Le triple thé de Mohamed sera le dernier du séjour. Bonne nuit dans les dunes….

9 décembre
Nuit agréable pour moi, froide pour certain. 6h30, le soleil se lève : cela devient une habitude. Bizarrement, je me souviens avoir compté 7 étoiles filantes et 12 satellites. Ce matin, visite de Djanet. La troupe s’active : Lorraine et Corinne optent pour le marché, Fabien, Patrick et Patrick G vont donner du travail au barbier. Alors que Pascal et moi tentons de trouver un hammam ouvert ce jour là aux hommes. Youpi ! Que du bonheur ! De l’eau, et chaude en plus ! Nous nous frottons vigoureusement car nous n’avions pas prévu le savon (si le doute vous habite ? j’ai écris vigoureusement, pas mutuellement). Vers 12h, après avoir dit un dernier au revoir à nos amis « âniers »  rencontrés au hasard d’une terrasse de café, le groupe se reconstitue au centre ville de Djanet. Nous les avions quittés 3 jours auparavant : ils avaient l’air de Touareg ; ce matin, jean-basket-tee-shirt de la marque à la virgule : ils sont méconnaissables !!!
15h : après 3 fouilles et une attente de 4h à l’aéroport international de Djanet, l’avion de la compagnie Hola décolle… Notre arrivée sur le tarmak de Marseille se fera sans encombre : pas de bagage égaré et les voitures fidèles au rdv. Fin du voyage.


Dominique Lepa

Stages 2008-2009

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