Expés récitsExpé féminine au Pérou 2008Ildi Pellissier et Marie Berthelot sont partie au Pérou à l'été 2008, avec la bourse du comité régional FFCAM Rhône-Alpes ...Après avoir marché en cachette sur le chemin pendant des heures je retrouve Marie choquée au milieu de nos 50 kg de matos. "Ils deviennent violents…ils m’ont ouvert tous les sacs...et puis j’ai cru qu’ils t'avaient attaquée là-haut...j’ai eu peur pour toi...ils sont armés" C’en était trop. On était parti pour tenter l’Esfinge (la paroi du Sphynx), mais le plus dur étrangement en est l’approche! La route est bloquée depuis quelques semaines. Un gros L’acclimatation commence bien sur un site d’escalade situé à 4200 mètres. Perdu dans les collines de Cordillera Negra, Hatun Machay offre une expérience unique pour ses visiteurs. Des lignes majeures avec majuscules. Une roche volcanique dans un cadre qui nous fait penser au pays des trolls. Le coucher de soleil transforme le lieu chaque soir. La lumière caresse des milliers de tours de toutes formes hallucinantes puis le paysage lunaire se laisse border par la nuit. Trois jours de grimpe avec une logistique plutôt confortable. Refuge à l'accueil très sympa et surtout un feu de cheminée qui réchauffe les mains gelées. Les matins le soleil tape fort, ambiance sud, mais l’après-midi on supporte les bonnets, et pas pour le style... Pour la suite de notre acclimatation on a choisi une montagne facile, dans l’objectif de gagner encore en altitude. On part de Collon, petit village au nord de Huaraz, pour une marche de 3-4 heures avec un âne et son maître. Il fait encore nuit quand on repart du camp de base d’Ishinca (4350 m). Cette fois ç’est nous qui faisons les baudets. Les sacs sont écrasants. On ne s’en délivre qu'à 5200 m le camp 1, et on continue dans la foulée vers le sommet d’Ishinca. La marche est facile, mais chaque mètre coûte cher. Bien contentes sur la cime de notre première montagne, 5530 mètres. Le lendemain départ vers trois heures, un autre sommet en projet, le Ranrapalca, départ depuis le même col. Mais dans la montée je sens trop l’altitude et pas loin de 5800 m on fait demi-tour. Notre périple aurait dû continuer avec l’Esfinge, (voir le début de l’histoire...) mais donc le verdict est sans appel pour l’instant et nous décidons de revenir dans deux semaines... Cet échec à Paron nous motive pour chercher un objectif sans problème local. C’est déjà assez compliqué de gérer l'aventure de chaque sommet, les imprévus, les inconnus, les distances. Négocier avec les taxis, les muletiers, sans l’aide d’une agence. Donc après avoir feuilleté “the book” pour la n-ième fois on choisit l’Alpamayo. Elle a cette beauté particulière avec ses couloirs réguliers qui montent vers le sommet depuis une rimaye bien dessinée. Le tableau est beau, et donne envie de partir sur le champ. Après un petit “quarto pollo” dans un resto local on prépare les affaires et on part tôt le lendemain pour Caraz. Le trek de Santa Cruz démarre à Cashapampa, on longe la vallée avec Eloi, le muletier et ses deux ânes qui nous donnent un coup de patte... Après des sauts de crevasses dans tous les sens et des passages verticaux on arrive au col à 5500 m. L’Alpamayo est là, comme une princesse avec sa robe plissée. L’image parfaite des bouquins est devant nos yeux, ça commence à devenir réel... Une journée de repos avec des aventures gastronomiques (recette déposée!) nous transforment physiquement, le résultat est plutôt positif. La descente passe vite, avec les nombreuses lunules en place on enchaîne les rappels. On plie les affaires, direction le camp moraine. C’est dur de quitter le plateau, le modèle est vraiment très photogénique, attends, encore une!!! Marie trouve de nouveaux compagnons de cordée, trois espagnols, pour les jours qui viennent. Ils font une montagne nommé Churup (5495 m, D+). Malgré son aspect blanchâtre les conditions sont épicées. Entre neige inconsistante et déroutant placage sur dalles rouge cette face cache bien son jeu. Reste à s’inventer des méthodes pour se hisser dans ces nouvelles matières si andinnes. Au final malgré ces quelques résistances Churup offre dans la bonne humeur castillane des sensations nouvelles et de beaux passages en mixte qu’elle fait en tête. En attendant, Marie retourne vers les montagnes. On se donne RDV dans trois jours. Elle s’engage dans la face raide de l'Oschapalca (5888 m, ED) avec les trois espagnols. Grande face dans un cirque au décor hivernal. 600 m d’escalade terriblement ludiques entre fissures, glace et neige. Des longueurs sorties des rêves. Deux des espagnols trop fatigués abdiquent et retournent au camp de base. Elle finit au sommet dans la tempête, en tête depuis la tente. Jusqu'ici tout va bien... Le départ se prépare, les sacs sont prêts avec les provisions, j’attends Marie, mais la nouvelle arrive en ville, un relais a cassé. Les secours vont à sa rencontre. Sûrement une jambe cassée, mais le reste ça va... Alors comment continuer? Avec un grimpeur américain on décide d’essayer de monter à Paron, on a juste le temps qu’il faut pour le faire. Une journée avec les papiers, les bureaux, les tampons sur la lettre, mais tout tombe à l’eau. Je me réfugie à Hatun Machay pour ces trois jours et je réalise la chance de voir tout ça, et surtout de partager avec une communauté locale exceptionnelle. Le dernier jour on part des falaises au crépuscule, et par une petite fenêtre dans un rocher miraculeusement on voit la Cordillera Huayhuash qui fait contraste avec le rocher rouge... J’ai décodé le message... : revenir absolument. |