Expés récits Expédition Shimshall, Pakistan
Une équipe de cafistes est allée se frotter à la région du Shimshall au Pakistan, du 14 juillet au 12 août 2006. Sur une idée de Nicolas Sieger (déjà 5 expés au Pakistan au compteur), David Lomagno, Eric Pons, Alain Raige, Loïc Perrin, Patricia Caussanel, Patrick Albero, Cyril Bernard, Sandrine Laplace, Rémi Lafaye, Simon Pasquier, Nathalie Jaquet, Christelle Baumont, Damien Lallemand, Marc Ravier, et Max Pinard, tous âgés de 30 à 40 ans et membres du CAF Lyon Croix Rousse, se sont lancés dans cette expédition. Max Pinard nous la raconte, en texte et en images.
"14 et 15 juillet : début du voyage : le train de Lyon à Roissy, puis l’avion jusqu'à Islamabad en passant par Abu-dhabi.
16, 17 et 18 juillet : 4h15. Réveil au chant du muezzin, et nous sommes partis pour deux journées de bus. Les collines verdoyantes laissent progressivement la place à un environnement plus minéral. 3h de 4x4 plus loin, nous arrivons à Shimshall ; petite oasis de verdure dans une vallée aride. Jusque là, tout se déroule selon nos plans, mais cela ne va pas durer…
19, 20 et 21 juillet : Premières balades autour du village pour s’acclimater pendant que notre staff rassemble les porteurs. Chacun monte entre 4 000 et 4 700 m, les résultats s’échelonnent du « tout va bien » au gros mal de tête.
22 juillet : Lever matinal, petit déjeuner puis attente… Les porteurs ne sont pas là, enfin pas tous, une vingtaine sur les soixante prévus… Toutes les solutions jusqu’aux plus farfelues sont envisagées. Finalement, nous partons avec les porteurs que nous avons, des yacks doivent nous rejoindre avec d’autres porteurs, demain enfin, maybe, Inch’Alla. 5 petites heures de marche nous conduisent à notre premier bivouac. Quelques arbustes sur un talus signalent un filet d’eau fraîche.
23 juillet : Traversée de deux rivières puis installation du camp et petites balades en attendant les yacks et les autres porteurs.
24 juillet : Un petit groupe monte avec le cuisinier pour aller acheter trois chèvres dans une ferme. L’accueil est très chaleureux, nous goûtons quelques spécialités locales, le toubib ausculte deux enfants qui ne doivent pas avoir souvent vu de médecin. Il y a un petit garçon qui est né là, à plus de 4 000… Nous montons aux alentours de 5 000 m. A notre retour, trois yacks sont arrivés, mais pas assez de porteurs. Nous décidons de nous séparer de tout ce qui n’est pas indispensable. Une partie du matériel sera redescendu plus tard… Notre confort et la qualité de la nourriture s’en ressentiront.
25 juillet : Longue montée jusqu’au camp suivant.
26 juillet : L’équipe se répartit en trois groupes. Un premier groupe part en reconnaissance vers le col du Kudorphin, un deuxième monte au-dessus du camp vers un petit 6 000 et un troisième se balade à la journée au-dessus du camp. Finalement, nous ne sommes plus que deux à partir vers le sommet, avec des sacs lourds pour installer un camp d’altitude. Longue montée et installation du camp sur un arête vers 5 000.
27 juillet : Départ vers 6h. Une heure plus tard, nous sommes sur la neige. La course est une longue arête en neige avec un peu de mixte. Arrivés sur la dernière bosse avant le sommet, nous posons les sacs pour finir légers. Arrivés au sommet, nous voyons qu’une longue traversée d’arête permet de rejoindre un autre sommet plus haut, mais nous sommes déjà à 6 000, le temps a passé et la descente par la voie de montée ne va pas être immédiate, les pentes sont trop raides pour aller vite et la glace vive affleure souvent.
A 18h nous retrouvons notre petite tente, trop tard pour redescendre jusqu’au camp de base, nous allons pouvoir profiter d’une nouvelle nuit dans notre nid d’aigle. L’acclimatation est excellente nous mangeons et dormons parfaitement. Dans la journée, Eric est monté jusqu'à notre tente et nous a laissé un message, vacation radio à 20h. Nous apprenons que le groupe qui était parti en reconnaissance a dû faire demi-tour, la moraine s’est écroulée sur plusieurs centaines de mètres. Impossible de faire passer les porteurs dans ce terrain instable et raide. Le groupe à fait demi-tour pour remonter une vallée adjacente passer un col à 5 200 et redescendre vers Shimshall pass. Demain il faudra s’avaler deux étapes pour les rejoindre.
28 juillet : Lever à 6h, fonte de neige, petit déjeuner et descente. Marcher, marcher, marcher… Il est 20h, la nuit tombe, les sacs sont très lourds, nous rejoignons le reste du groupe. Congratulations un peu démesurées des locaux, repas et dodo.
29 juillet : Longue étape de marche, toujours des problèmes de logistique…
30 juillet : Nous remontons une longue vallée, les paysages sont superbes. Nous campons à 4 800.
31 juillet : Départ matinal, montée au col, la dernière pente, 500 m dans la pierraille qui roule, n’est pas de tout repos. 5 350 m au GPS de Marc. Nous sommes au col, les porteurs nous demandent de faire des photos de groupe, ils sont très fiers d’avoir passé ce col qui n’est pas fait souvent, aucun d‘entre eux n’était venu ici avant. De l’autre coté c’est raide et en glace sur une partie.
Installation de cordes fixes et de moulinettes pour descendre les porteurs et les charges. Cela prend un temps fou… Tout le monde est descendu, je récupère les encrages, lance les cordes et descend à mon tour. Une longue marche en pente douce nous permet de descendre jusqu’à Shimshall Pass.
01 août : Petite balade pour repérer les sommets alentours, et grand méchoui le soir. La viande grillée est appréciée après tous ces jours aux brisures de riz et à la viande bouillie. Ils nous nourrissent comme si nous étions anglais, difficile de leur faire admettre que nous préférons les chapatis plutôt que le porridge le matin.
02 août : Le groupe se scinde en plusieurs sous-groupes. Le gros de la troupe partira pour faire un 6 000 classique et facile juste au-dessus de Shimshall Pass ; une activité chasse et pèche est aussi au programme et nous sommes trois à partir pour remontér une vallée qui débouche près du col et qui est bordée d'un « climbed pics » dixit notre staff. Cette fois-ci, nous nous procurons trois porteurs pour acheminer matériel et nourriture pour cinq jours dans notre camp d'altitude. Les porteurs ne sont pas très motivés pour découvrir de nouveaux territoires. Ils se demandent comment nous allons passer la rivière qui rugit au fond de la vallée. Finalement, nous trouvons un passage dans un chaos de bloc. Après plusieurs tentatives de nos porteurs pour nous faire camper dans des endroits idylliques… mais pas du tout bien placés pour gravir un sommet, nous finissons par nous installer au bord du glacier, avec de l'eau courante, vers 5 300 m. Repérage pour le lendemain.
03 août : Avec Nathalie, nous partons pour un sommet qui borde les pentes raides de la rive gauche, Cyril préfère aller sur un sommet plus facile en rive droite. Nous remontons le glacier jusqu'à l'attaque de la voie. La première partie est bien raide et l'itinéraire serpente entre les rimayes et les barres. L'ambiance est magnifique et nous avançons bien. Vers 5 900, la pente se couche et il faut ramer dans la neige croûtée, quelques centaines de mètres de tranchées dans du 45°, épuisant, puis le sommet, c'est magnifique.
Nous avions prévu de suivre la longue arête qui se prolonge jusqu'au col au bout du glacier de notre camp, mais vu les conditions de neige, il faudrait plusieurs jours. Je fais quelques mètres pour voir comment c'est, j'enfonce jusqu'à la taille… Redescendre par là où nous sommes montés est sans doute possible, 700 mètres de désescalade et d'Abalakov…
Nous mangeons de bon appétit, nous sommes en pleine forme, il est midi. Je regarde les photos prise la veille entre notre sommet et le premier sommet qui borde la vallée, un col semble praticable. Du sommet, nous ne voyons pas toute l'arête qui mène au col, mais ce que nous voyons semble correct : des couloirs de neige entrecoupés de petites barres à désescalader. Nous décidons de tenter la descente par cet itinéraire et basculons de l'autre coté de la montagne, l'aventure continue… Nous trouvons un itinéraire qui nous emmène au col visé. De là, la pente est assez impressionnante, c'est encore un peu raide et tout en glace sur plusieurs centaines de mètre. Il faut être très vigilant.
Mais nous avons choisi la bonne solution et nous terminons notre tour en milieu d'après-midi. Le temps de faire chauffer de l'eau et nous apercevons Cyril qui redescend de son sommet. Même habillé, en rouge il est difficile de le voir dans cette immensité.
04 août : Nous partons tous les trois en direction du col au bout de notre glacier, ça monte en pente douce pendant des km, et le col est plus haut que nous le pensions, l'altimètre marque 5 800. Rive droite un petit sommet domine le col. A part une grosse rimaye pas d'obstacles majeurs, nous décidons d'y monter. Le sommet est en fait un peu plus loin et il est très beau, une fine arête de neige sur laquelle on peu s'installer à califourchon. De retour au camp le temps tourne au mauvais, et il tombe un mélange de grésil et de neige.
05 août : Ce matin il neigeote et le temps est tout bouché, il fallait bien que ça arrive un jour, c'est l'occasion de prendre son temps pour le petit déjeuner. Puis nous redescendons avec un jour d'avance sur nos plans et des sacs très lourds. A la descente, Nathalie qui marche devant disparaît de notre vue, en un éclair la corde se tend. Un pont de neige a explosé sous ses pas, Cyril qui est au milieu a bloqué sa chute et je peux m'approcher du bord, elle est juste deux mètres plus bas les pieds plus hauts que la tête, mais tout va bien. Je prends la corde, je tire dessus, Cyril repend le mou, Nathalie se remet à l'endroit et reparaît à nos cotés. Dans l'après-midi nous rejoignons les autres, ils nous racontent leur ascension, l'un d'entre eux à fait un œdème cérébral après être arrivé au sommet, il ne pouvait plus marcher seul, les autres l'ont aidé à redescendre, ça allait mieux ensuite, mais grosse frayeur.
06 août : Il pleut, il neige, il pleut, il neige….
07 et 08 août : descente de Shimshall Pass à Shimshall. Deux jours de randonnée par des gorges et des chemins en balcon, magnifique, paysages arides et sauvages.
09 août : Retour en 4x4 à Passu. Puis le bus jusqu'à Karimabad. Visite de la ville, le retour à la civilisation commence. Achat de pierres et de bijoux, chocolat chaud à la terrasse d'un café.
Restaurant sur une grande terrasse.
10 et 11 août : retour en bus vers Islamabad.
12 août : C'est l'avion qui nous ramène vers la France.
Le Pakistan est un pays magnifique. Les alentours de Shimshall regorgent de montagnes sauvages et méconnues, beaucoup de sommets vierges de 6 000 et 7 000 m, des raides et des plus facile, il y en a pour tous les goûts. On peut tout organiser sur place avec les locaux, le passage par une agence ne semble pas indispensable. Il faut aussi savoir s'adapter et ne pas être trop rigide sur ses objectifs."
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