Le 15 novembre 2007, à 16h30 Aymeric Clouet, Fréderic Degoulet, Julien Dusserre et Mathieu Maynadier, ont ouvert par l’arête Est, la troisième pointe (6741m) du Ganesh 5 (6770m), situé à l’extrême Est du massif des Ganesh.
Vierge et sans nom, cette aiguille a été baptisée Gorilla’s Peak (pointe du Gorille) par les quatre équipiers, en raison de sa ressemblance avec un visage caractéristique de gorille.
Après 2 semaines de trek d’acclimatation, nous avons installé le 27 octobre, sur l’arête Est, un camp de base avancé à l’abri d’une petite falaise à 5 500 m puis un premier bivouac à 6 200 m. Ces installations nous ont permis de parfaire notre acclimatation. Après un retour au Camp de base à 4 500 m pour nous reposer, nous décidons, suite aux informations de notre routeur, le 11 novembre, de nous lancer à l’assaut du Ganesh.
Au menu 2 500 m de dénivelé et 6 500 m d’arête.
Cinq jours nous seront nécessaires pour gravir ce Ganesh avec une météo pas très stable : la mer de nuage se transforme en cumulus humides laissant tomber les flocons l’après-midi ; l’escalade est mixte, l’avancée se fait en aveugle avec pour tout repère le tracé que nous avons imaginé à partir des photos prises par beau temps. Nous devons attendre quelques heures une éclaircie qui nous permettra de nous orienter et continuer notre ascension.
Le soir du quatrième jour notre routeur Michel nous prévoit un temps beau mais des vents très violents pour le lendemain soir. Nous décidons alors de gravir la plus proche des trois pointes sommitales, la plus rocheuse et la plus belle à notre goût.
Le cinquième jour, la météo nous est favorable avec effectivement un temps splendide qui nous booste pour franchir le bastion sommital de 250 m. nous atteignons à 16h30 le sommet après avoir pu grimper à mains nues et en chaussons cette face de granit en 6a. En résumé une journée idyllique.
Nous restons une demi-heure au sommet à admirer les sommets mythiques qui nous entourent. À la descente, le vent annoncé est au rendez-vous et nous n’arrivons au bivouac qu’à 22h30. Nous dormons un peu, figés par le froid et la peur de nous faire arracher par le vent.
Tard dans la soirée du sixième jour, nous atteignons le camp de base, accueillis chaleureusement par Kamal et Rai, nos cuisiniers, heureux de fêter avec nous la réussite du sommet.
Le 17 novembre, les porteurs sont de retour et nous redescendons directement à Katmandou le 19 novembre ; heureux de cette belle réussite et la tête pleine de souvenirs.
La vidéo >>
Le récit de Mathieu Maynadier Tracé de la voie (433Ko)
Lundi 8 et mardi 9 octobre : Voyage Paris-Katmandou via Doha. Aymeric déjà sur place depuis 2 jours, nous accueille et nous conduit à l’hôtel. Après avoir déposé les bagages, nous nous rendons à l’agence qui s’occupe de notre expédition (Trinetra adventure) et récapitulons tout ce qu’il y a à faire avec Sunar et Arka, le Directeur et le Manager de l’agence.
Mercredi 10 octobre : Achat du matériel manquant et de nourriture. On prépare les sacs de trek d’une part et les sacs pour le camp de base et l’ascension. Une fois partis pour notre premier trek d’acclimatation, nous ne reviendrons plus à Katmandou. Nous enchaînerons intégralement à pieds, le trek, la montée au camp de base et le sommet sans repasser par Katmandou. Pour information, du départ du trek au sommet il y a environ 70 km, à vol d’oiseau.
Jeudi 11 octobre : Départ pour le trek des lacs sacrés de Gosainkund. Après avoir déposé les sacs pour le camp de base et l’ascension à l’agence, nous prenons un bus pour sortir de Katmandou. A peu près 20 km à l’extérieur de Katmandou nous démarrons notre trek à Sundarijal. Nous passons à côté de la réserve d’eau potable de Katmandou et rentrons dans le parc national de Shivapuri. Après 4h de marche nous faisons un stop pour la nuit à Chisapani.
Vendredi 12 octobre : 2ème jour de trek, Chisapani-Chipling-Kutumsang. La météo est maussade, il fait très brumeux ; nous ne voyons pas bien loin et de plus nous marchons sur une crête avec beaucoup de végétation. Nous déjeunons à Stony pass et arrivons enfin à Kutumsang après 5h de marche.
Samedi 13 octobre : 3ème jour de trek, Kutumsang-Mangengoth-Tarepati. Il a plu toute la nuit et jusqu’à 7h ce matin, petit déjeuner dans la brume et l’humidité. Le brouillard s’est installé encore pour une journée ; nous ne voyons toujours pas de montagne digne de ce nom. Nous nous faisons même attaquer par des sangsues. Aujourd’hui 4h30 de marche.
Dimanche 14 octobre : 4ème jour de trek Tarepati-Gohpte-Phedi (3 700 m). Petite étape aujourd‘hui, seulement 3h de marche.
Lundi 15 octobre : 5ème jour de trek, repos à Phedi (3 700 m). Ça y est nous commençons notre acclimatation à proprement parler. En effet Phedi ce trouve à une altitude de 3 700 m. Nous décidons de rester 2 nuits à cet endroit pour habituer progressivement notre corps à l’altitude. L’étape d’après passe un col à 4 610 m, alors il ne faut pas nous cramer tout de suite.
Mardi 16 octobre : 6ème jour de trek, Phedi (3 700 m)-Lauribiniayak pass (4 610 m)-Gosainkund (4 380 m). Aujourd’hui encore seulement 3h de marche, toujours dans le brouillard. La météo commence à nous peser sur le système. En passant le col la neige commence à tomber, nous ne voyons pas à 15 mètres. Nous choisissons un lodge sympa et pas trop cher car nous allons rester ici 4 nuits pour parfaire notre acclimatation. Le soir, des trekkeurs en difficulté arrivent, ils sont exténués, quelques-uns souffrent de MAM.
Mercredi 17 octobre : 7ème jour de trek, repos à Gosainkund (4 380 m).
Réveillés tôt à cause d’un temps ensoleillé, nous découvrons un paysage transformé grâce aux 15 cm de neige fraîche tombée hier et cette nuit. Nous partons sur la crête qui ce trouve au dessus du village pour essayer d’apercevoir le massif des Ganesh et notre projet, le Ganesh V.
Pas de chance seul ce massif est dans les nuages.
Jeudi 18 octobre : 8ème jour de trek, repos a Gosainkund (4 380 m). Le temps est encore plus beau que la veille ; ça remet de la joie sur nos visages et nous courons de nouveau sur la crête observer notre montagne. Cette fois-ci elle est au rendez-vous, imposante et étincelante de neige fraîche. Cela nous fait plaisir et nous impressionne aussi. Nous la mitraillons de photos et redescendons au lodge pour les analyser de plus près.
Vendredi 19 octobre : 9ème jour de trek, montée au Surya Peak (5 060 m) et repos à Gosainkund (4 380 m). Pour finir notre acclimatation sur ce trek nous montons sur le sommet du Surya Peak à 5 060 m. Aucun de nous n’a ressenti de MAM et aucun signe ne nous fait douter de notre bonne acclimatation. Nous redescendons au lodge et pensons que nous sommes prêts à en découdre avec le sommet. Il ne nous reste plus qu’à descendre pour nous reposer et faire l’approche jusqu’au camp de base.
Samedi 20 octobre : 10ème jour de trek, Gosainkund (4 380 m)-redescente à Syabru Bensi (1 400 m). Nous quittons le lodge, où nous avions commencé à prendre nos marques, ainsi que la famille qui y habite à l’année. Un petit déchirement car nous nous sommes attachés à eux en quelques jours. Après ce dur moment nous avalons quasiment 3 000 m de dénivelé en 4h15, les cuisses fument.
Dimanche 21 octobre : Repos à Syabru Besi (1 460 m). Repos bien mérité après la descente de la veille. Nos jambes nous font souffrir, ce sont bien des courbatures que l'on ne rencontre qu'en expé. Nous trouvons une manière bien agréable de faire disparaître toutes ces douleurs, les bains de la source d'eau chaude à côté du lit de la rivière.
Lundi 22 octobre : Montée à Tatopani (2 607 m). Nous rejoignons la source d'eau chaude sacrée de Tatopani (littéralement "Chaude-eau") pour attendre les porteurs qui devraient arriver dans 2 jours. Le chemin d’accès est splendide. Nous remontons d'abord le long de la rivière Bhote Koshi ; elle est énorme. Elle prend sa source au Tibet et est directement reliée au flanc ouest des Langtang I et II. Ensuite nous entrons dans la vallée de Thambuchet ; une vallée entièrement dédiée à l'agriculture en terrasse. De très anciennes Stupa, construites avec de larges dalles de granit gravées, agrémentent le chemin. La montée vers Tatopani est ensuite plus raide.
Mardi 23 octobre : Repos à Tatopani (2 607 m). Bains d'eau chaude en série, bricolage, gastronomie et repos voilà les seules activités qui seront les nôtres pendant 2 jours.
Mercredi 24 octobre : Repos à Tatopani (2 607 m) et arrivée du staff pour le Camp de base. L'officier, les cooks et les porteurs arrivent dans la soirée du mercredi ; nous faisons connaissance et organisons le départ du lendemain.
Jeudi 25 octobre : 1er jour de montée au CB, Tatopani (2 607 m)-Jungle karka (3 300 m). Cette journée fut un peu calamiteuse, nous avons marché 2h30 et attendu les porteurs 6 heures.
Les porteurs avaient des charges trop lourdes et le ventre vide ; le Cook ne leur a pas fait à manger. Ils ce sont donc arrêtés pour manger et sont arrivés tard à un bivouac non prévu. Nous mettons les choses au clair pour le lendemain et exigeons que le Cook leur fasse un repas avant le départ ; nous devons arriver au CB le lendemain.
Vendredi 26 octobre : Arrivée au CB, Jungle karka (3 300 m)- CB (4 050 m). Aujourd'hui ça c'est plutôt bien déroulé ; les porteurs ont marché plus que la veille et nous avons pu atteindre le camp de base dans l'après-midi. Par contre nous nous sommes aperçu que les porteurs n'avaient pas de vêtement chaud. Nous prêtons 7 vestes pour qu'ils puissent dormir un peu plus confortablement. Fred est déjà malade ; une petite indigestion lui rend la nuit difficile.
Samedi 27 octobre : Repérage pour installer le camp avancé. CB (4 050 m). Le matin en nous réveillant, il n'y avait plus de porteurs. Ils sont tous partis la veille en emportant avec eux 4 vestes. Mathieu est furieux car 3 de ses vestes lui sont indispensables pour attaquer la montagne en sécurité. Nous essayons de régler le problème par téléphone satellite et allons repérer au dessus du camp de base. Pendant que Fred récupère de sa nuit, Mathieu et Aymeric balisent le cheminement le plus pratique pour monter au camp avancé, en posant des cairns sur 600 m de dénivelé. Nous trions et préparons le matériel et la nourriture à monter.
Dimanche 28 octobre : Préparation des sacs et construction d'un shorten, CB (4 050 m). Après le petit déjeuner nous construisons notre propre shorten en 3 heures ; il est énorme et orné de drapeaux à prières. Nous préparons après cela le matériel et la nourriture à monter au camp avancé. Nous nous apercevons qu'il y a énormément de choses à porter, nous aurons tous plus d'une vingtaine de kilos à porter demain. Pour les vestes, le problème doit se résoudre sous peu ; les porteurs ramènent les vestes à l'agence, il y a eu un quiproquo. Les sacs sont prêts et nous sommes tout excités.
Lundi 29 octobre : Montée sur le début de l'arête vers 5 000 m. Nous partons vers 9h ce matin ; il fait beau, et nous empruntons le chemin déjà balisé sur les 600 premier mètres de dénivelé. Nous décidons de nous arrêter sur une croupe assez confortable vers 5 000 m d'altitude ; nous sommes bien fatigués, les sacs sont très lourds. Après réflexion et repérage aux jumelles, nous décidons d'installer le camp avancé définitif plus loin sur l'arête, le lendemain.
Mardi 30 octobre : Installation du CA définitif à 5 550 m. Réveillés par le soleil matinal, nous partons assez tôt en pensant avoir le temps de faire 2 allers pour monter les sacs, car ils sont trop lourds pour cette altitude. Nous pensions faire environs 250 m de dénivelé supplémentaire pour atteindre le camp avancé projeté la veille. Or nous nous faisons surprendre par les proportions gigantesques des montagnes himalayennes. Il s'agissait en fait du double de dénivelé et il a fallu tracer péniblement. Cela nous à pris 4h30 au premier voyage, à demi chargé, pour atteindre notre camp avancé situé à 5 550 m.
Nous redescendons après une courte pause et remontons le reste du matériel laissé 550 m plus bas. Cette journée fut éprouvante mais la trace est maintenant bien marquée, nous forcerons moins à monter. La 2ème montée c'est faites en 2h30.
Mercredi 31 octobre : Acclimatation au CA (5 550 m). La montée du matériel la veille nous a bien calmés et à cela se rajoute l'altitude. Nous nous reposons toute la journée et nous hydratons abondamment. Le beau temps semble s'être installé, d'après notre routeur météo Michel Dimitrieff. Tout se déroule comme prévu.
Jeudi 1 novembre : Repérage et descente sur le CB (4 050 m). Après le petit déjeuner nous montons voir à quoi ressemble l'arête au dessus du camp avancé. Nous faisons environ 100 m de dénivelé pour avoir une meilleure vue sur l'ensemble de l'arête. Ça n'est pas très évident de tout voir du fait que nous sommes dans son prolongement. Cependant nous commençons à nous projeter, en prévoyant nos différents bivouacs. Vers 10h30 nous attaquons la descente sur le camp de base. Nous mettons environ 2h30 pour atteindre le camp ; c'est assez rapide à la descente et très agréable pour les genoux, dans l'herbe et la mousse. Au repas, comme d'habitude dal bat, puis dodo.
Vendredi 2 novembre : Repos au CB (4 050 m). Nous commençons à prendre le rythme népalais, levés à 7h, couchés à 21h. Au Népal le jour se lève à 6h30 et se couche à 18h30 toute l'année. Nous sommes en forme et décidons de préparer la prochaine montée qui nous servira aussi à finir notre acclimatation. Nous avons encore du matos et de la nourriture à trier. Nous nous affairons tous aussi à alléger tout ce qui peut l'être, sac à dos, conditionnement de la nourriture, etc.
Samedi 3 novembre: Repos au CB (4 050 m). Après encore une bonne nuit de sommeil nous décidons de résoudre le problème de charge de nos appareils électriques (caméra, disque dur, chargeur de piles). Nous avons un panneau solaire mais il nous manque une connectique pour que l'ensemble marche. Après avoir remué nos méninges, nous trouvons la solution en bidouillant un fil maison ; et ça marche. Nous sommes contents car la caméra en dépendait, du coup nous aurons des vidéos de l'expé, en plus des photos. Nous prenons contact avec notre routeur mais il n'y a rien à signaler ; le beau temps semble être de la partie. Mathieu à quelques problèmes gastriques.
Dimanche 4 novembre : Remontée au CA (5 550 m). Mathieu était encore malade ce matin et durant la montée au CA ; il n'en peut plus et décide de redescendre et de prendre encore un peu de repos, il nous rejoindra demain. Nous arrivons donc sans Mathieu au CA. Durant la montée nous sommes suivis par une mer de nuages ; elle avance à même allure que nous mais a décidé de s'arrêter vers 5 200 m d'altitude. C'est merveilleux, une immense mer de nuage à perte de vue, extraordinaire.
Lundi 5 novembre : Montée à l'emplacement du bivouac n°1 à 6 060 m. Notre objectif est de passer un rognon rocheux de 60 m pour atteindre une selle glacière, confortable pour installer le 1er bivouac de l'assaut final, et par la même occasion finir notre acclimatation. Nous partons donc avec des sacs légers, car nous voulons redescendre au camp avancé chercher Mathieu et le reste du matériel nécessaire à l'assaut final. L'arête devient très prononcée et nous nous encordons à plusieurs reprises en faisant des longueurs sur l'arête. Le bastion est impressionnant, mais au final par très dur techniquement ; 5b à 5 900 m quand même.
Mardi 6 novembre : Descente au CA (5 550 m) et remontée au bivouac n°1 (6 060 m). Après avoir dormi dans l'Ascent et la tente ultra light, nous redescendons chercher Mathieu que nous avons aperçu la veille sur le chemin du camp avancé. Nous remontons tous dormir au bivouac n°1 pour finir de nous acclimater. Nous ressentons désormais l'altitude au quotidien. Chaque montée est pénible et le maître mot est « hydratation ». Nous nous reposons le reste de la journée.
Mercredi 7 novembre : Descente au CB, 6 060 m-4 050 m. Nos nuits sont désormais, à cette altitude, un peu plus pénibles et la température très sévère, aux alentours de –15°C/-20°C. Avant de descendre nous faisons à nouveau une reconnaissance au dessus du dernier bivouac, prenons des photos que nous analyserons au Camp de base. La mer de nuage est toujours de la partie, c’est une chance inouïe, ça fait 3 jours. Nous devons à présent passer dessous, ce qui sera nettement moins plaisant. 5h30 de descente depuis l'emplacement du bivouac n°1 pour 2 000 m de dénivelé. Notre officier de liaison à quitté le camp de base.
Jeudi 8 novembre : Repos au CB (4 050 m). Lessive, lecture et repos, c'est tout pour aujourd'hui.
Jeudi 9 novembre : Repos au CB (4 050 m). Aujourd’hui, il neige un peu sur le camp de base, mais on est en présence d’inversion de température. Une mer de nuage est toujours présente vers 5 500 m. Du coup on fini quasiment tous nos livres de chevet.
Vendredi 10 novembre : Dernier jour de repos au CB (4 050 m). Ce matin le camp de base est entièrement recouvert d’un petit manteau neigeux de 7 cm d’épaisseur. Sur les marres et le bord des ruisseaux, une couche de 2 cm de glaces qui c’est formée pendant la nuit. On fini les sacs avec les vivres de course de l’assaut final. Pendant ce temps la neige et la glace ont totalement fondu, mais le ciel est resté couvert. On se demande si demain on partira avec le mauvais temps.
Samedi 11 novembre : Montée au CA (5 550 m). Au réveil, coup de chance, il fait grand beau ; de toute façon au vu des prévisions de notre routeur Météo, Michel Dimitrieff, le mauvais temps dans la vallée n’est présent qu’en dessous de 5 500 m/6 000 m. Nous avons ouvert l’arête jusqu'à 6 000 m, du coup la trace devrait encore être visible si nous sommes dans le brouillard. De ce fait nous aurions limité les risques. Nous partons confiant avec des sacs légers. Nous arrivons au camp avancé en 3h30 et commençons à manger les lyophilisés prévus pour cet assaut final.
Dimanche 12 novembre : Montée au bivouac 1 (6 060 m). Nous avons décidé de gagner du temps en nous préparant avant le lever du soleil, afin de partir au lever de celui-ci. Mais cette tactique ne s’avère pas efficace, puisqu’avec les températures glaciales nous mettons le double du temps pour nous préparer. En montant au bivouac 1, nous déséquipons la trail laissée en place car nous en aurons besoin pour la suite. En effet nous progresserons à l’aide d’un rappel de corde jumelé (Twin) de 60 m de long et de 2 trail lines de 60 m aussi, pour une économie maximale de poids. A partir de maintenant notre préoccupation principale serra de faire fondre un maximum de neige pour nous hydrater constamment car la déshydratation est notre ennemie principale en altitude.
Lundi 13 novembre : Montée au bivouac 2 (6 300 m). Nous nous levons donc au lever du soleil à 6h20, fort de notre expérience de la veille. Nous emmenons dans nos sacs 5 jours de lyophilisé que nous avions laissé au bivouac 1. Julien et Aymeric se dévouent pour faire la trace jusqu’au pied du bastion en mixte. Ce matin il faisait beau, puis vers 10h le temps se couvre, puis il commence à neiger, la visibilité est quasi nulle. Notre progression s’en ressent puisque nous avançons à tâtons. Heureusement que les photos prisent durant l’acclimatation nous permettent de nous situer et de nous diriger. Mais les températures et la neige que nous subissons nous empêchent d’escalader à mains nues. C’est donc en technique dite, de dry tooling que nous franchissons les difficultés rocheuses, 2 longueurs de suite (M5). Puis un terrain en mixte avec plus de neige et un peu moins de verticalité fait suite à cela pendant 3 longueurs (M3/M3+). La nuit tombe et nous progressons pour trouver un bon emplacement de bivouac pour finalement creuser durant 1h en pleine pente dans de la glace vive. Nous nous couchons épuisés et mal installés, car la tente rentre à peine dans l’emplacement creusé. La nuit fut longue et très peu reconstituante. Au final sur cette journée nous n’avons pas pu tenir notre objectif ; nous voulions faire le bivouac 200 m plus haut …
Mardi 14 novembre : Montée au bivouac 3 (6 508 m). Cette nuit nous n’avons pas pu dormir ; nous avons mal au dos et décollons finalement vers 9h du matin ; seul le soleil matinal nous motive à poursuivre. La suite est plus facile mais nous sommes épuisés par la mauvaise nuit passée. Nous nous retrouvons à nouveau sur une arête effilée et très raide, que nous remontons côté sud. Elle est difficilement protégeable, mais nous sommes équipés de 5 pieux qui nous servent énormément dans se terrain particulier. Comme la veille, le mauvais temps arrive en fin de matinée nous empêchant de progresser comme nous le voudrions. Après 5 longueurs d’arête, nous ne pouvons plus avancer ; c’est jour blanc à cause du brouillard. Nous faisons une pause, en attendant une percée, avant de décider où aller. Trois heures s’écoulent avant que nous puissions voir quelque chose. Les séracs sur la gauche font de l’itinéraire direct, le passage logique. Nous faisons à nouveau 2 longueurs et nous nous retrouvons sous le bastion sommital à notre grande surprise. Il est déjà tard, nous nous installons confortablement sur une large selle glaciaire et décidons pour demain de partir léger, avec seulement 3 sacs assez légers et juste des vivres de course pour la journée, afin de gagner en rapidité. En effet après un coup de téléphone satellite à notre routeur météo en France, nous apprenons que demain, en fin de journée, des vents entre 80 et 100 km/h sont prévus. Il ne va pas falloir trainer.
Mercredi 15 novembre : Ascension du pic du Gorille (6 741 m) et redescente au bivouac 3 (6 508 m). Ce matin impossible d’avaler quoi que ce soit, tout ce que l’on ingurgite ressort, les effets de l’altitude se font ressentir, on est mous et la marche, même à plat, nous exténue. Pour attaquer ce dernier bastion nous nous décalons vers la gauche en descendant afin de passer la rimaye au plus facile. Mathieu fait 3 longueurs de mixte et réalise 100 m de dénivelé. A présent il n’y a plus que du rocher et une paroi verticale. A notre grand étonnement cette journée s’avère être d’un bleu éclatant sans vent et aucun nuage à l’horizon. Ceci tombe à point nommé puisque pour passer cette muraille de 200 m il faut enlever les gants et escalader en chausson. Ca y est, la chance est revenue, il fait chaud, la roche est très seine et les protections sont faciles à placer. Nous enchaînons ainsi 4 grandes longueurs de quasiment 50/60 m pour arriver juste sous le sommet avec sa collerette de neige. Les difficultés rencontrées en escalade pure sont de l’ordre de 5c/6a sur l’ensemble des longueurs. Nous avons pu progresser relativement vite grâce à nos sacs légers et nous posons pied au sommet vers 16h30. La joie éclate, nos efforts sont pleinement récompensés. Nous restons plus d’une demi-heure au sommet avant d’attaquer la descente.
Le vent commence à se lever, mais rien de bien impressionnant. Après 2 ou 3 rappels, la nuit tombe et nous nous retrouvons dans l’obscurité. Dans le quatrième rappel, il se coince et nous devons laisser 90m de corde à la montagne. Nous n’avons maintenant plus que 30 m de Trail et un autre rappel constitué d’un brin de Twin et d’un autre brin de Trail de 60 m chacun, OUF !! Nous arrivons au bivouac vers 22h très fatigués, mais contents d’aller nous coucher à l’abri, car le vent a forci. Nous buvons un peu et nous nous mettons au chaud dans nos duvets mouillés par 4 bivouacs de givre. Vers minuit le vent annoncé est malheureusement là et fait rage dehors. Notre tente ultra light de 900 grammes nous impressionne par sa solidité, elle claque et se plie sous les rafales impitoyables du vent. Nous ne dormons quasiment pas car nous ne pensions pas que la tente tiendrait toute la nuit.
Jeudi 16 novembre : descente au CB (4 050 m). Ce matin le vent c’est un peu calmé ; il est plus continu mais reste quand même fort. Finalement la tente a bien résisté. Nous nous motivons pour tout ranger et redescendre au camp avancé à 5 550 m, 1 000 m plus bas et 3,5 km d’arête plus loin. Cela à été dur de s’activer à cause des températures glaciales (-35°C), mais notre corps ne supporte plus cette altitude trop élevée depuis maintenant 5 jours d’affilée. Nous nous arrachons finalement de ce dernier bivouac et arrivons vers 17h au camp avancé. La pression est descendue car nous avons passé toutes les zones à « risques ». A présent le plus dur est derrière nous, il ne nous reste qu’à mettre un pied devant l’autre pour rejoindre nos Cooks.
Ca va beaucoup mieux, nous décidons rapidement de tout redescendre en un seul voyage jusqu’au camp de base. Nous savons que ça va faire mal au dos et que cela va prendre du temps, il est temps d’en finir. Au final nous arrivons vers 22h30 au camp de base, le chemin de nuit, à force d’allers-retours, ne fut pas trop un problème, nous connaissions toutes les pierres par cœur. Au cours de cette journée nous avons fait prés de 2 500 m de dénivelé négatif et parcouru 6,5 km d’arête, d’éboulis et de pentes en tous genres. Après avoir fêté le retour avec de bonnes choses nourrissantes, nous apprécions le confort des matelas du CB.
Vendredi 17 novembre : Repos et préparation des sacs pour le retour à Katmandou. Chacun fait le tri de son propre matos et on prépare des sacs équilibrés pour les porteurs qui ont prévu d’arriver aujourd’hui, comme convenu avec l’agence. Une expédition éclair, sans faux pas ni retard sur le planning prévu. Nous avons joui d’une météo très clémente et de conditions en montagne exceptionnelles.
Samedi 18 novembre : Descente à Tatopani (2 600 m). Nous quittons ce camp de base dont nous n’avons pas beaucoup profité. Nous avons en été effet actifs même pendant les jours de repos grâce à cette météo inouïe pour ce genre d’expédition. 5h30 de marche ont suffi pour retrouver les sources d’eaux chaude de Tatopani ; nous en profitons d’un bon dîner.
Dimanche 19 novembre : Descente à Syabru Besi (1 400 m), puis bus jusqu’à Katmandou. Encore 3h de marche et nous arrivons dans ce petit village desservi par la route. Nous apprenons que nous allons faire le trajet jusqu'à Katmandou de nuit ; c’est ce que l’on appelle un retour express à la civilisation bruyante et klaxonnante de cette fourmilière humaine.
Lundi 20 novembre : repos. Nous remplissons des papiers au ministère du tourisme pour boucler notre expédition administrative. Nous rencontrons miss Elizabeth Hawley, ce personnage particulier et atypique qui recense toutes les expéditions, tentatives et réussites comprises, des 50 dernières années, véritable encyclopédie vivante de l’himalayisme népalais. C’est ainsi que nous pouvons affirmer que notre ascension est une ouverture et une première française. Nous avons le privilège de nommer ce sommet, le pic du Gorille. Nous avons choisi ce nom pour la ressemblance frappante de ce pic du Ganesh 5 avec un visage de gorille : par sa forme et son relief et avec les effets d’ombre et lumière des 3 énormes dévers.
Mardi 21 novembre : préparation au voyage en Thaïlande Direction Bangkok-Krabi-Ton saï Beach en Thaïlande
Il nous reste presque 3 semaines avant le retour en France. Nous subissons avec le retour à la ville, une réaction aux épreuves climatiques et à l’altitude de la semaine que nous venons de passer à ouvrir cette nouvelle voie. Nous votons tous pour passer ces derniers jours de réadaptation à la civilisation dans un site paradisiaque, surtout après ce que nous venons de vivre, dans un site haut en couleur, en chaleur, avec une bonne dose de grimpe les pieds dans l’eau.
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