environnement

La mission de protection, LMA 3/2003, p 24

La protection et la restauration des patrimoines s'affirment comme des missions fondamentales des parcs nationaux. C'est un rapport au " naturel " quotidien qui se décline autant dans la mission scientifique, que celle de la découverte ou encore dans le soutien au développement local. La protection est un des domaines où l'homme et la nature sont indissociablement liés. Dans un parc national de haute montagne comme les Écrins, les exemples d'applications ne manquent pas : un colloque autour de " L'homme et les plantes dans l'espace alpin ", le partenariat mis en place en faveur du maintien de l'agriculture en montagne ou le travail quotidien sur les sentiers en témoignent.

Au quotidien et sur le territoire du parc, ce sont les agents des parcs nationaux qui, par leurs observations, assurent le travail d’inventaire, de suivi des espèces, de cartographie. Ils construisent des bases de données de référence qui permettent de restituer les connaissances de terrain. Il s’agit soit d’effectuer une “ veille en continu ”, soit de porter une attention particulière à un milieu ou une espèce sous l’autorité du comité scientifique. Tous les domaines sont explorés : faune, flore, géologie ou encore sciences humaines comme l’archéologie, l’ethnologie. C’est le croisement de ces disciplines qui apporte les éclairages nécessaires et fonctionne comme une aide à la décision. C’est le cas pour le chamois et ses effectifs, l’aigle royal ou le tétras-lyre. Les populations d’oiseaux font également l’objet d’un suivi en continu sur quinze sites de “ points d’écoute ” répartis dans le Parc.

Ainsi le patrimoine faunistique des Écrins est-il sous surveillance et analyse continues, observé grâce à des protocoles scientifiques, fiché, informatisé, cartographié… L’aide et l’appui des grands organismes de recherche, des universités se concrétise par une participation au comité scientifique et une expertise souvent bien délicate. Le monde naturel est complexe et rien n’est simple… Au-delà du suivi régulier assuré par les équipes du Parc, un partenariat important est établi localement avec d’autres structures et associations concernées par le milieu naturel (fédérations, sociétés et Office national de la chasse, Office national des forêts, associations de naturalistes, des accompagnateurs en montagne…).

Le partage des connaissances fait partie des préoccupations dès le démarrage d’un programme, quelle que soit son importance. Restituer vers quels publics ? En utilisant quels supports ? Avec quels moyens de diffusion pour quel niveau de vulgarisation ? Beaucoup de questions qui sont celles de la communication trouvent une réponse évidente dans ce partage sans lequel toute mission de protection serait vaine. C’est en ce sens que cette année le Parc national des Écrins propose, entre autres, une exposition “ Plantes qui nourrissent, plantes qui guérissent ”.

Une action concertée pour le maintien de prairies d’alpage
Des pullulations de campagnols terrestres ont été constatées dans le secteur de La Grave (Hautes-Alpes) depuis le printemps 2001 sur des prairies de fauche d’altitude. Les très fortes densités atteintes lors des pics de population (plus d’un millier d’individus à l’hectare) ont rendu les prairies inexploitables. Que faire ?

Devant l’ampleur du phénomène et la détresse des agriculteurs du canton, le Service régional de la protection des végétaux (SRPV) a été chargé de définir les éventuelles mesures à prendre en lien avec les services publics concernés. À ce titre, le Parc national des Écrins tente d’apporter sa contribution et a sollicité l’aide de partenaires universitaires spécialistes des dynamiques de population.

Alors que la bromadiolone, poison entraînant la mort du campagnol en quelques jours, semble être la solution la plus évidente pour ralentir et enrayer ce fléau, un partenariat entre le Parc national des Écrins, le Service régional de la protection des végétaux (SRVP), des agriculteurs gravarots et la Fredon (Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles) a mis en place un suivi des populations de campagnols et des prédateurs associés. Après la phase d’étude (suivi démographique), de bilan (cartographie), l’heure du piégeage est venue : avec la pose de 1 000 pièges, ce sont déjà plus de 500 individus qui ont cessé de nuire. “ Un résultat efficace mais contraignant ” indique les techniciens. Mais son utilisation hors certaines précautions peut aboutir à un empoisonnement de toute la chaîne alimentaire. C’est pour cela que son emploi est réglementé par arrêté préfectoral. Quoi qu’il en soit l’efficacité des mesures ne le sera qu’avec la participation cohérente et concertée de toutes les parties concernées. À suivre…

Les sentiers : à la découverte de la nature
Les parcs nationaux accueillent annuellement quelque six millions de visiteurs sur 0,7 % du territoire national. Ils sont, de fait, de merveilleux terrains d’apprentissage à “ vivre et découvrir la nature ” en la respectant.
Tout sentier invite à la découverte, certes. Cependant, “ le sentier de découverte ”, dans les parcs nationaux, démarre d’une “ porte ” du parc. Dans le Parc national des Écrins, il est inscrit dans le “ réseau de sentiers de découverte en zone centrale ” et s’arrête dès que son accès nécessite plus de technique que la pratique courante de la randonnée alpine. Il devient alors un “ parcours de haute montagne ”, terrain d’aventure. Les ouvrages publiés par les parcs, topoguides et guides thématiques (faune, flore, géologie…) permettent aux randonneurs de s’approprier dans le détail les richesses offertes dans ces espaces protégés. À moins que ceux-ci ne recherchent une interprétation plus didactique comme celle mise en place sur les “ sentiers d’interprétation ” ou les points localisés, les “ points d’observation ”, dans des espaces remarquables.

Les sentiers sont également de nature à faire découvrir un patrimoine, celui des hommes et de leur savoir-faire. Les aménagements, habitats anciens, cheminements et franchissements, ont toujours une vraie valeur esthétique et une histoire. Marcher, randonner, pour aller de nature en découverte !

“ Plantes qui nourrissent, plantes qui guérissent ” est un rappel de l’usage quotidien des plantes communes mais toutefois précieuses. Sur le cycle d’une année, sureau, oignon, framboise et armoise, entre mille autres plantes de montagne, sont présentées dans leur utilisation nutritive ou curative.
L’exposition a été présentée dans le cadre du colloque interdisciplinaire “ L’homme et les plantes sauvages dans l’espace alpin ” organisé par l’Unité d’anthropologie-adaptabilité biologique et culturelle du CNRS de Marseille.
Pour en savoir plus sur l’exposition : Parc national des Écrins 04 92 40 20 10.

Bon pied, bon œil !
Les pratiquants de la montagne, par leur présence sur le terrain, peuvent contribuer au recueil d'observations. Elles seront d'autant plus précieuses si elles concernent le gypaète, le bouquetin, la salamandre noire (La Montagne et Alpinisme 2/2002), la Dracocéphale d'Autriche ou la fraxinelle… Ces observations doivent bien évidemment tenir compte des mesures de protection de chaque espèce. Par exemple, évoluer dans des voies d'escalade à proximité du nid d'un grand rapace pendant la période de reproduction (d'hiver à début août) risque de compromettre en quelques instants la naissance d'un poussin. De même que pour les pratiquants du vol libre, le vol en commun avec un rapace ne signifie pas " tout va bien " mais plutôt " éloigne-toi de mon nid ! ". Déceler une plante rare n'implique pas de la cueillir mais de la localiser et de s'émerveiller…
Plus généralement, la communication de toute observation est la bienvenue. Et vous l'aurez compris, communiquer avec les hommes qui vivent le territoire au quotidien vous permettra de contribuer à protéger un poussin d'aigle royal, un rapace ou une plante unique…

Pour découvrir la nature
- L'atlas du Parc national des Écrins
Synthèses cartographiques pour découvrir les divers aspects du patrimoine naturel et culturel du Parc.
- À la découverte des fleurs des Alpes : 350 espèces dans leurs milieux
Guide de terrain présentant les espèces regroupées selon les milieux naturels où elles stationnent. Un thème est développé pour chaque plante : usage, légende, curiosité.
- Découverte de la géologie du Parc national des Écrins
Histoire géologique du massif des Écrins au long des itinéraires (collaboration BRGM/PNE).
- Bibliothèque de Travail Nature
Livres thématiques sur les espèces et milieux des Écrins : chamois, marmotte, aigle, mélèze, glacier Blanc.
- Des sentiers de grandes randonnées, Tour de l'Oisans
Nouvelle édition totalement rénovée du topoguide sur le Tour de l'Oisans et des Écrins (Éd. FFRP).
- De sentiers en découverte
Films documentaires (vidéo VHS) réalisés par Xavier Petit et produits par le Parc national des Écrins. Cinq volumes pour une quinzaine de thèmes portant sur le métier de garde-moniteur, le papillon Isabelle, les lacs, le bouquetin.
- Et, tout au long de l'année, l'Écho des Écrins, journal d'information pour se tenir au courant de la vie du Parc.

Éditions et publications à consulter sur le site http://www.les-ecrins-parc-national.fr

Les Écrins
- Création du parc : 1973
- La zone centrale : 92 000 ha dont 10 000 ha de glaciers
- La zone périphérique : 180 000 ha
- Communes concernées : 61
- Habitants : 35 000
- Départements concernés : Hautes-Alpes, Isère
- Réserve intégrale : le Fond du vallon du Lauvitel (création en 1995)
- Sont gérées par le parc : les réserves naturelles de la Haute-Séveraisse, des Estaris, du Torrent de Saint-Pierre, du Combeynot, du Haut-Béranger, de La Bérarde.
On trouve dans le Parc…
- 700 km de sentiers
- 120 cabanes pastorales, 40 refuges, 20 maisons du parc et centres d'info
- 50 000 moutons en estive
- 343 espèces animales (vertébrés)
- 1 800 espèces végétales

Parc national des Écrins
Domaine de Charance – 05000 Gap
Tél. : 04 92 40 20 10
Fax : 04 92 52 38 34
http://www.les-ecrins-parc-national.fr